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CHAPITRE I Une chapelle d'établissement dans la seigneurie Notre-Dame-des-Anges En Nouvelle-France, la paroisse a joué, bien plus que le régime seigneurial, un rôle primordial au sein des structures et ce, même si elle n'est véritablement apparue qu'assez tardivement. Avant même la reconnaissance civile, essentielle dans le processus de création des paroisses, des missions ont été organisées auprès des colons, ce qui a entraîné la construction de lieux de culte. Charlesbourg est une localité dont le développement s'est amorcé avec la seconde moitié du XVIIième siècle. L'étude de sa toute première chapelle pourra-t-elle nous permettre une meilleure compréhension de notre première génération d'édifices cultuels? Telle est l'interrogation à laquelle nous nous proposons de répondre.
Les origines de la paroisse Saint-Charles Borromée de Charlesbourg se confondent avec celles de la seigneurie Notre-Dame-des-Anges. Elles remontent au temps où le développement de la colonie était laissé entre les mains des compagnies de marchands. Au pays depuis 1625, les Jésuites reçurent la seigneurie Notre-Dame-des-Anges l'année suivante. Cette concession fut confirmée par les Cent-Associés en 1637. Il faut bien se garder de confondre cette seigneurie avec l'autre du même nom, propriété des Récollets, située sur la rive opposée de la rivière Saint-Charles, un même nom pour deux concessions distinctes a déjà semé bien des confusions! L'année 1663 vit l'accroissement de l'intérêt de Louis XIV pour la colonie d'outre-mer, ce qui ne fut pas sans avoir une incidence sur l'évolution et le développement de la seigneurie des Jésuites. En effet, Jean Talon, nommé intendant de la Nouvelle-France de 1665 à 1668, puis à nouveau de 1670 à 1672, eut pour tâche principale de faire progresser le plan de croissance élaboré par le ministre Colbert. L'intérêt de Talon pour l'établissement des colons favorisa la naissance définitive de la paroisse de Charlesbourg. Un de ses objectifs était de former des agglomérations où les habitations seraient suffisamment rapprochées les unes des autres pour se soutenir mutuellement en cas d'attaque. Afin de démontrer que la chose était aisément réalisable, Jean Talon a créé en 1666 les villages de Bourg-Royal, de Bourg-la-Reine et de Bourg-Talon sur des terres qu'il a empruntées à la Compagnie de Jésus et qui ont été incorporées à la seigneurie des Ilets pour devenir la baronnie des Ilets et finalement le comté d'Orsainville en l675. Ce plan d'urbanisme original de l'intendant, inspiré d'exemples français, a fortement marqué l'organisation territoriale de la seigneurie. Ses traces en sont encore visibles aujourd'hui. Il a aussi dicté l'emplacement du temple paroissial, comme nous le verrons plus loin. Le premier lieu de culte à avoir existé de façon certaine sur notre territoire n'avait pas de rapport avec l'organisation paroissiale. Il s'agissait de la chapelle logée dans la maison construite en 1626 par les Jésuites sur la rive droite de la rivière Lairet à son embouchure dans la Saint-Charles. Une tradition orale recueillie au début du siècle affirme qu'un peu plus tard, vers 1659-1660, une modeste chapelle affectée à la desserte des Hurons a été érigée au Bourg-Royal. Une autre version soutient que les habitants l'utilisèrent. Pour notre part, nous estimons que cette dernière chapelle n'a jamais existé, car aucun document ne vient étayer l'hypothèse de son existence, ni celle d'une mission amérindienne dans les parages. Qui plus est, l'histoire nous apprend que vers 1660, la population logeait à proximité du fleuve et que son occupation à l'intérieur des terres n'a débuté qu'avec l'application du plan urbanistique de Jean-Talon. C'est à ce moment là que la première chapelle paroissiale de Charlesbourg a été construite.
Les éléments dont nous disposons nous permettent d'établir que cet édifice était de colombages, lambrissé de planches et couvert de paille. Ses dimensions restreintes, probablement une trentaine de pieds de longueur sur une vingtaine en largeur et l'économie de moyens pour la construction laissent supposer qu'on utilisa un plan simple, c'est-à-dire de forme rectangulaire, constitué d'un seul vaisseau et terminé par un chevet plat. Il est intéressant de constater que cette première chapelle de Charlesbourg est une réalisation qui s'inscrit dans un courant correspondant au type de construction que l'on érigeait dans les paroisses et missions de fondation récente. À titre d'exemple, la chapelle que l'on retrouvait à Neuville en 1683 était elle aussi, en colombage et couverte de paille. Ses dimensions étaient de 30 pieds sur 22. Ce type de chapelle constitue ce qu'on a depuis lors désigné sous l'appellation «première génération d'architecture religieuse». Bien sûr, aucun édifice de cette époque n'a pu survivre à l'épreuve du temps. Malgré tout, certains documents visuels nous sont parvenus, tels ces deux dessins exécutés par le jésuite Claude Chauchetière vers 1686 pour illustrer sa narration annuelle. La première oeuvre présente un ouvrier travaillant à la charpente d'un toit, tandis que la seconde nous révèle la façade principale du bâtiment une fois terminé. La chapelle de plan rectangulaire est couverte d'une toiture à deux versants, sur le faîte de laquelle un clocheton est assis. La seule ouverture visible est une porte en plein cintre qui anime le centre de la façade. Les murs sont recouverts de planches horizontales. Si l'accès n'était pas cintré et que l'on retranchait le clocheton et la croix qui le surmonte, l'édifice serait alors privé de son caractère distinctif, en regard des habitations. Néanmoins, face aux cabanes d'écorces utilisées par les missionnaires comme lieux de culte durant la période précédente, la construction en colombages marquait un pas en avant et constituait du même coup une étape décisive de l'histoire de notre architecture religieuse. Encore en 1713, les habitants de Saint Augustin faisaient usage de ce type de construction. Ce n'est pas sans difficulté que nous pouvons passer de la description extérieure à la description intérieure de l'édifice, car rarissimes sont les données sur les intérieurs des chapelles de cette époque. À l'image de l'extérieur, l'intérieur semble avoir été la simplicité incarnée. La seule présence de «deux petites balustrades de carton» est indicative. Il ne saurait être ici question de décor sculpté. Cependant, les offices liturgiques devaient malgré tout se dérouler dans une certaine ambiance de «richesse», ambiance obtenue par les divers ornements et accessoires dont on faisait usage. Le missionnaire Nicolas du Bos dressa en 1686 l'Inventaire des meubles et ornements de l'Église Sf-Charles de Charleshourg, inventaire dont l'existence même en fait un document exceptionnel pour l'époque. Nous le reproduisons en annexe. La chapelle subsista vraisemblablement jusqu'au début de 1697, lorsque les bancs de la nouvelle église furent vendus. Examiné sous le point de vue du plan de l'élévation, tout comme de l'art de bâtir, le cas de la première chapelle paroissiale de Charlesbourg affine les connaissances que nous possédons sur la première architecture religieuse québécoise en confirmant les études récentes effectuées sur des édifices cultuels de la même époque. L'état de sa décoration intérieure, bien connu en regard de plusieurs autres intérieurs de la même période, sera grandement surpassé dans le monument qui lui succédera.
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