Avez-vous remarqué sur la rue Notre-Dame, non loin de l'église Bon-Pasteur une petite chapelle
blanche? Il s'agit de la chapelle de la Résidence Bon-Pasteur; voici son histoire.
Monsieur le chevalier George Manly Muir
(1) (1807-1882), membre de la Société
St-Vincent-de-Paul qui passait, depuis bon nombre d'années, les mois d'été à
« St-Pierre de Charlesbourg » déplorait l'absence d'une église et d'une école.
Il fut pris de pitié pour la population pauvre de cette région qui vivait tant bien que mal dans ce
joli coin de terre. En 1869, il achète une propriété et il appelle les religieuses du Bon-Pasteur
de Québec pour y donner l'instruction élémentaire. Trois religieuses répondent donc à l'appel et
prennent possession de la chétive maisonnette entourée de terres incultes, de prairies sans clôture, une
seule pièce servant à la fois de cuisine, de réfectoire, de communauté et de dortoir. En ce 6 mai
1869, la
Mission Saint-Pierre venait de naître. Quelle joie d'accueillir une trentaine d'élèves tout
joyeux pour leur premier jour de classe en septembre suivant.
En 1871, monsieur Muir fait remplacer le modeste berceau par une construction plus appropriée,
répondant ainsi au développement de l'école en marche. Toujours très actif dans son zèle d'apôtre,
monsieur Muir rêve de voir s'élever une chapelle près du couvent. Relisons ce court extrait retrouvé
dans les annales du 3 décembre 1875: «
On s'occupe activement du projet conçu depuis
longtemps de bâtir une chapelle à St-Pierre; monsieur B. Parent, maire de Charlesbourg, a prononcé
un discours à la porte de l'église de cette paroisse pour engager les habitants à donner des
corvées. Près de 400 hommes ont répondu à cet appel, et déjà on a transporté des pièces de bois sur
le terrain du couvent. Monsieur Muir donna $2,000 à cet effet. En plus, le dévoué fondateur fit venir
d'Allemagne une magnifique statue de Notre-Dame de Lourdes pour surmonter l'autel principal, mais ce
vocable « de Lourdes » ne lui convenait guère il fut donc remplacé après l'approbation
de Mère Fondatrice(2) par « des Laurentides », ce qui est aussi pieux que
l'autre vocable et ayant l'avantage d'être l'expression d'un sentiment patriotique canadien.
C'est donc là le secret de l'origine de la dévotion à Notre-Dame-des-Laurentides ».
Monsieur Muir consacra une autre partie de sa fortune à l'érection d'une jolie chapelle attenante au
couvent. Mgr E. A. Taschereau en fit la bénédiction le 23 octobre 1876. Le lendemain, monsieur
Pamphile Lemay, poète canadien bien connu a rendu un chaud témoignage dans l'Événement:
«
la chapelle des Laurentides - quel joli nom - est située à une lieue de l'église de
Charlesbourg, sur la grande route qui mène...partout. Humble temple de bois, adossé au couvent en
bois qu'il protège, la chapelle des Laurentides s'élève coquettement avec son petit clocher d'argent,
comme une sentinelle vigilante à l'entrée des montagnes ».
Les habitants très heureux s'y rassemblaient le dimanche pour prier et assister aux instructions
catéchistiques dispensées par les religieuses au dévouement sans borne. Comme les passants ne
pouvaient entrer au pied du tabernacle, ce dévot de la Vierge fit placer sur la route, non loin de
la chapelle, une magnifique statue d'une Madone unique en son genre, taillée dans un tronc d'arbre,
par le sculpteur québécois Louis Jobin. L'inauguration de ce monument eut lieu le 20 juin 1879.
En 1911, des circonstances incontrôlables obligent la fermeture du couvent, de la chapelle et de l'école.
En mai 1915, diverses requêtes et pétitions des contribuables sont acheminées à la supérieure
générale en vue de la réouverture du couvent et après un long silence de dix ans, une nouvelle
orientation ranime le coeur du couvent sous le nom de «
Juvénat du Bon-Pasteur »
dans le but d'attirer les jeunes vers la vocation religieuse.
Les soeurs revenues au bercail le 22 août 1921, entreprennent le nettoyage général de la maison,
aidées de douze filles ménagères du pensionnat Saint-Jean-Berchmans. Dès le 7 septembre on accueille
les douze premières juvénistes. En 1926, ce couvent devenu trop étroit, a dû élargir ses murs pour
devenir la résidence actuelle. Durant 47 ans cette oeuvre nouvelle a continué de recevoir des jeunes
filles désireuses de se consacrer au Seigneur. De plus, pendant ce temps, plusieurs locaux furent
employés pour des classes primaires favorisant les enfants des environs. L'ouverture de l'école primaire
Ste-Marie (école connue maintenant sous le nom de L'Escalade) construite à proximité du Juvénat du
Bon-Pasteur a amené les soeurs à poursuivre par la suite leur contribution à l'enseignement primaire
à cet endroit. Cette contribution a pris fin en 1995 avec le départ de la dernière religieuse enseignante.
Il faut noter que, pendant cinq ans, soit entre 1960 et 1965, le Juvénat du Bon-Pasteur a logé
gratuitement le curé de la paroisse Bon-Pasteur en attendant la construction de la première église
paroissiale. En 1968, le juvénat doit fermer ses portes pour devenir la «
Résidence
Bon-Pasteur » à compter du 15 septembre 1969.
Malgré les ans, la belle histoire d'amour se continue, la Résidence reçoit aujourd'hui des soeurs
retraitées. Toute la maisonnée est très active dans différents domaines :
(1) M. Muir était avocat et fut le premier greffier de l'Assemblée législative du Québec, nommé le
28 décembre 1867.
(2) Marie Fitzbach (soeur Marie du Sacré-Coeur)
La présence des Soeurs du Bon-Pasteur en notre paroisse ne se limite pas à la Mission
Saint-Pierre. Le 12 septembre 1952, les religieuses fondent le couvent Saint-Pierre-aux-liens
(voisin de l'église du même nom). Il faut noter que la chapelle de ce couvent a servi d'église
paroissiale jusqu'à la construction de l'église Saint-Pierre-aux-Liens en 1955. Les Soeurs du
Bon-Pasteur ont administré ce couvent jusqu'en 1975. Elles ne sont plus présentes à cette école depuis cette date.